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      RFCDP - 11

      Le onzième numéro de la Revue Française de Criminologie et de Droit Pénal est paru au mois de décembre 2018. Ce numéro réunit les actes du colloque « Terrorisme, psychiatrie et justice » que l’Institut pour la Justice a tenu le 21 novembre 2018 à Paris.

      Dans ce numéro vous trouverez les contributions suivantes :

      - Psychiatrie, troubles de la personnalité et rationalité mortifère, les terroristes de Daech sont-ils tous des «déséquilibrés»?, par Guillaume Jeanson

      - Etat des lieux du terrorisme en France, par Thibault de Montbrial

      - Les radicalisés dans la vie ordinaire, par Paul-Vincent Quilichini

      - Immersion en unité pour malades difficiles, par Alexandre Baratta

      - Regard d’un psychiatre étranger, par Theodore Dalrymple

      - La justice antiterroriste face aux nouvelles formes de radicalisation, par François Faletti

      - Les attentes des victimes, par Gilles-William Goldnadel

      Selon Guillaume Jeanson, les djihadistes qui frappent la France depuis plusieurs années sont fréquemment présentés à tort, par les médias et le politique, comme des « déséquilibrés ». Ce qui frappe, c’est en effet plutôt le caractère protéiforme des profils examinés. Une minorité seulement d’entre eux souffre réellement de pathologies psychiatriques aliénantes. La question sensible de la rationalité de leurs actes se pose alors avec acuité. La diversité des profils impose, en outre, de recourir à des outils fiables d’évaluation de la dangerosité. Il s’agit là d’un préalable indispensable pour adapter finement les modalités d’exécution des peines qui seront prononcées. Une adaptation dont dépendra d’une façon non négligeable l’efficacité des dispositifs choisis pour cantonner une partie de la menace terroriste qui pèse sur notre pays.

      Maitre Thibault de Montbrial dresse un état des lieux inquiétant du terrorisme islamiste en France. Il nous rappelle que le terrorisme est un outil de lutte politique et que les terroristes islamistes qui nous attaquent sont dans une logique de conquête. Pour cela, ils ont mis en place un certain nombre de stratégies. L’une de ces stratégies, c’est d’envoyer depuis l’étranger des commandos et des gens aguerris pour faire la guerre avec des moyens de plus en plus offensifs. L’autre stratégie, c’est de bombarder de propagande la population musulmane en Europe, et en particulier en France où elle est très nombreuse, pour générer chez certains, une petite fraction d’entre elle, des passages à l’acte individuels, en jouant sur leurs failles et leurs faiblesses psychologiques, pour en faire des combattants d’une infanterie qui ne coûte rien.

      Les attentats qui ont frappé la France, ainsi que le départ de plusieurs milliers de jeunes gens vers les zones de conflits, Mali, Irak, Syrie, ont propulsé la radicalisation et la déradicalisation au centre du débat. Paul-Vincent Quilichini nous explique que cette radicalisation est un processus dont les causes sont multiples et à l’égard duquel il faudrait avoir une action la plus précoce possible, à savoir stopper le processus de radicalisation dès l’apparition des premiers signes. Pour cela il importe de bien reconnaitre ces signes et de distinguer à temps les signaux qui indiquent un probable passage à l’acte terroriste.

      Selon Alexandre Baratta, il existe une absence de concordance des profils français de terroristes médiatisés avec les études internationales. La littérature internationale sur la radicalisation islamiste, notamment Al-Quaïda, décrit des sujets stables, parfaitement insérés socialement, exempts de troubles mentaux. Parmi les individus ayant commis en France des attaques terroristes médiatisées depuis l’affaire Merah, on trouve au contraire beaucoup de sujets ayant des antécédents judiciaires, peu ou mal insérés, et souffrant de troubles mentaux et/ou de troubles de la personnalité. Cela laisse penser qu’il existe des têtes pensantes dans les milieux islamistes qui recrutent à faibles frais des profils très vulnérables pour en faire des soldats du djihad sur le sol français.

      S’appuyant sur son expérience, Theodore Dalrymple parvient à la conclusion que le rôle de la psychiatrie dans le système judiciaire existe, mais qu’il est très limité, particulièrement en matière de terrorisme. La psychiatrie doit selon lui se cantonner au diagnostic et au traitement de la vraie folie, et non pas succomber aux tentations de l’impérialisme psychiatrique. Au fond, le problème du terrorisme est un problème d’idées, plutôt qu’un problème psychiatrique.

      Selon François Falletti, le terrorisme des années 80-90 était un terrorisme qui était largement importé et avait essentiellement des visées d’intimidation. Nous nous trouvons désormais confrontés à un terrorisme tourné vers l’affirmation totalitaire d’une doctrine sectaire, qui se pare d’une vocation impérialiste et dont le but est au fond de constituer un califat universel. Face à ce changement de nature du terrorisme, la Justice s’efforce, au stade initial, de faire preuve de souplesse et de se montrer pragmatique. Par ailleurs, puisque le terrorisme fondamentaliste d’aujourd’hui vise à faire disparaître l’Etat dans ses valeurs essentielles, ne devrait-on pas songer à réactiver certaines dispositions inscrites dans le livre 4 du code pénal relatif à la protection des intérêts fondamentaux de la nation ?

      Pour Gilles-William Goldnadel, les terroristes islamistes, à de rares exceptions près, ne sont pas des fous. C’est en revanche notre société qui semble devenue folle. L’Occident est en proie à une mauvaise conscience devenue folle. Notre justice parait avoir assimilé l’idée que, en tant qu’Occidentaux consubstantiellement racistes, que nous avons perdu toute légitimité pour pouvoir châtier pénalement des gens qui, finalement, sont irresponsables à cause de notre propre méchanceté. D’où la tentation permanente de considérer les terroristes islamistes comme des fous ou des « déséquilibrés ».

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